BIEN SE NOURRIR EN AFRIQUE

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1 Disponibilité des denrées végétales et animales

 

Les trois principaux "ingrédients" d'un régime alimentaire sont :

-la disponibilité des denrées végétales et animales au marché, dans les boutiques, dans la grande distribution,

-les revenus des personnes qui effectuent les achats,

-leur niveau social et culturel.

Chaque fois que l'un de ces facteurs est perturbé, la malnutrition apparaît. Dans ce contexte, la Communauté internationale a émis des recommandations concernant l'agriculture, l'éducation, les conséquences de la malnutrition.

« L’alimentation et l’agriculture se trouvent aujourd’hui à un moment charnière de leur histoire. Rétrospectivement, des améliorations majeures de la productivité agricole ont été constatées au cours des dernières décennies pour satisfaire la demande alimentaire d’une population mondiale en plein essor. Toutefois, ces progrès ont souvent eu des bémols sur le plan social et environnemental, à savoir: le manque d’eau, la dégradation des sols, le stress sur les écosystèmes, la perte de biodiversité, la diminution des stocks halieutiques et du couvert forestier, ainsi que des niveaux élevés d’émissions de gaz à effet de serre. Le potentiel productif de notre base de ressources naturelles a été altéré en de nombreux points du globe, compromettant la prospérité future de la planète.

Aujourd’hui, 815 millions de personnes ont faim et une personne sur trois souffre de malnutrition, ce qui illustre bien à quel point notre système alimentaire est déséquilibré. La migration de détresse se situe à un niveau sans précédent depuis plus de 70 ans, alors que la cohésion sociale et les traditions culturelles des populations rurales sont menacées par une combinaison de facteurs: un accès limité à la terre et aux ressources, assorti d’un nombre croissant de crises, de conflits et de catastrophes naturelles, qui sont pour beaucoup la conséquence des changements climatiques.

Afin de surmonter les défis complexes auxquels le monde est confronté, il est nécessaire d’entreprendre une action transformatrice, en s’attaquant aux causes profondes de la pauvreté et de la faim pour ne faire aucun laissé-pour-compte.

Bien nourris, les enfants peuvent apprendre, la population peut mener une vie saine et productive et les sociétés peuvent prospérer. En cultivant les terres avec soin et en mettant en place une agriculture durable, les générations actuelles et futures seront en mesure de nourrir une population croissante. Le secteur de l’agriculture, qui comprend les cultures, l’élevage, l’aquaculture, la pêche et les forêts, est le plus grand employeur du monde. Il s’agit du secteur économique le plus important dans de nombreux pays et il représente la principale source de nourriture et de revenus pour les plus démunis. L’alimentation et l’agriculture durables ont un potentiel considérable pour revitaliser le paysage rural, tout en assurant la croissance des populations. » [FAO, 2018 (83)]

L’alimentation et l’agriculture, les moyens d’existence des populations et la gestion des ressources naturelles forment un tout. On ne doit pas les aborder séparément, au risque de déséquilibrer leurs composantes.  (Figure 74, ci-dessous) (84).
Figure 74-Composantes de l'alimentation
Figure 74-Composantes de l'alimentation

2-Priorité à l'éducation

« La malnutrition sous toutes ses formes – dénutrition, carences en micronutriments, obésité et maladies non transmissibles liées à l’alimentation – induit dans tous les pays des coûts économiques et sociaux inacceptables. Le fait que l’agriculture et les systèmes alimentaires répondent aux besoins nutritionnels des populations est souvent tenu pour acquis. Toutefois, ce n’est parfois pas le cas. Les politiques agricoles exclusivement centrées sur la productivité favorisent en général un petit nombre de produits de base, ce qui tend à réduire la disponibilité d’aliments diversifiés » [FAO, 2018 (83)]. Ceci entraîne une détérioration de l’état nutritionnel de la population.

Pour créer des systèmes agricoles et alimentaires tenant compte des enjeux nutritionnels, il faut agir à tous les stades de la chaîne alimentaire afin de fournir aux consommateurs des aliments sains et nutritifs, tout au long de l’année.

« En mobilisant les acteurs agricoles et sanitaires, les programmes d’éducation et de sensibilisation à la nutrition, adressés particulièrement aux familles avec de jeunes enfants, peuvent avoir un impact significatif sur l’amélioration des habitudes alimentaires des ménages. » [FAO, 2018 (83)]

3- Méfaits du déséquilibre alimentaire

Une alimentation déséquilibrée réduit considérablement l'espérance de vie des personnes.

L' ensemble des Maladies Non Transmissibles,  cardiopathies+AVC+diabète, atteint au total 48,4 % des causes de décès dans le monde (cf Maladies Non Transmissibles-2, Figure 13). Or ces maladies ont un rapport direct avec le régime alimentaire des populations.

Sur les 56,9 millions de décès survenus dans le monde en 2016, il y a 27,5 millions de vies perdues à cause d'une mauvaise alimentation, donc une diminution de l'espérance de vie en nombre d'années auxquelles il faut ajouter les années vécues avec un handicap.
Ainsi l'état de santé des populations et les principales causes d'invalidité changent au fil du temps et ont des répercussions sur la gouvernance, la planification et les activités. Consciente de l' importance de ces conséquences, la fondation Bill et Melinda  Gates a commandité des études épidémiologiques chargées d'évaluer le DALY de différentes maladies dans toutes les régions du monde (69). Les maladies cardio-vasculaires occupent la première place en nombre d'années de vies perdues : 43,75 années pour 100 habitants, en Afrique de l'Ouest. Quant au diabète, il émerge avec un DALY de 18,75 années.

La corrélation entre les Maladies Non Transmissibles et les régimes alimentaires des populations a été déterminée dans 195 pays pour différents niveaux socio-culturels, et globalisée  (cf Figures 75 a, b, c, ci-dessous).
Pour contrecarrer les effets néfastes des régimes déséquilibrés, ce qui est « pauvre » devra être enrichi, et vice-versa. Il faut donc quantifier les qualificatifs « pauvre » et « riche ». Cela nécessite d'avoir une grille de valeurs « pauvres » ou « riches » (cf Figure 76, ci-dessous).

Figure76-Les 15 principaux risques alimentaires
Figure76-Les 15 principaux risques alimentaires

Figure 76

(A) Valeurs moyennes pour un adulte vivant en Afrique subsaharienne Ouest. Ce « panier moyen » correspond au VNR (Dietary Reference Value) des normes adoptées par l'OMS.

(B) Pour éviter le déséquilibre alimentaire, voire la malnutrition, les valeurs doivent se situer dans la zone de moindre risque. Pour les céréales complètes, par exemple : 100 à 150 g/jour. Une ration inférieure à 100 g/jour est insuffisante ; une ration supérieure à 150 grammes/jour est dangereuse (risques de maladies).

Cet exemple met en évidence la notion de Besoin Nutritionnel Moyen (BNM), synonyme « Average Requirement AR ». Un apport satisfaisant (Adequat Intake) est situé dans l' intervalle compris entre le seuil inférieur de malnutrition, voire dénutrition, et l'apport maximal tolérable (Tolerable Upper Level Intake UL). L'équilibre alimentaire est situé dans cette zone ou fourchette (85).

Pour répondre à un besoin de simplification des calculs et d'homogénéité des normes, l'Agence Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA) a élaboré une grille de valeurs des Apports Nutritionnels Conseillés (ANC) (86). Une unité de temps a été instaurée en groupant tous les repas pris au cours d'une journée. Les ANC sont devenus des AJR (Apports Journaliers Conseillés), aujourd'hui abandonnés au profit des Apports de Référence (AR). L'individu moyen est un « homme planétaire », sans distinction de sexe, d'âge, d'activités physiques, et sans distinction géographique. Cet homme a un besoin journalier énergétique de 2000 Kcal, 8360 Kjoules.

En résumé, l'objectif qui consiste à élaborer des menus équilibrés ne s'adresse pas à des individus mais plutôt à la cellule de base constituée par une famille, comportant des adultes, des enfants, avec chacun-une ses activités physiques et intellectuelles. Les besoins sont divers, mais ils s'établissent autour de valeurs moyennes qui sont les AR.

Un logiciel a été élaboré à partir de l'organigramme de la Figure 77, ci-dessous. Les variables d'équilibrage sont, en entrées :

-le besoin énergétique journalier E, personnalisable ;

-les recettes qui constituent un menu journalier à 3 composantes,-un plat à base de céréales, un plat à base de légumes, des fruits-, menu modifiable qualitativement et quantitavivement, soit en ajoutant ou supprimant des ingrédients, soit en faisant varier les proportions entre les ingrédients;

-les ratios entre les macronutriments -glucides, lipides, protéines-, modifiables.

Par contre les Apports de Références AR sont enregistrés une fois pour toutes.

En sorties :

- les pourcentages de macronutriments, glucides, lipides, protéines, par rapport au besoin énergétique journalier E ;

- les pourcentages de micronutriments, minéraux et vitamines, apportés par le menu et comparés aux Apports de Référence AR.

Exemple: un menu à risques, Figure 78, ci-dessous.


Figure 77-Organigramme de l'équilibre alimentaire
Figure 77-Organigramme de l'équilibre alimentaire

4 Retrouver l'équilibre alimentaire

Le menu de la Figure 78, ci-dessus, comportant un plat de riz, un plat de légumes et des fruits, est « à hauts risques » parce que la ration de riz est située en dehors de la zone de sécurité, par excès (cf Figure 76, première ligne du tableau "Régime pauvre en céréales complètes").

Le résultat du bilan établi par le logiciel est sans appel: malgré la qualité des ingrédients incorporés dans la ration, les besoins en macronutriments ne sont pas couverts et les équilibres à atteindre ne sont pas respectés.

On ne peut pas augmenter les glucides sans risque d'hyperglycèmie conduisant à un diabète. Il faudrait augmenter dangereusement les lipides, au risque d'aggraver les déficits en acides gras insaturés, en omega 3. Quant aux protéines, elles sont présentes en quantités très insuffisantes. En résumé, il faut modifier profondément le menu.

La ration de riz est ramenée dans la zone de sécurité (cf Figure 76), 120 g, et l'on compense partiellement sa réduction par un apport supplémentaire de pâte d'arachide. Pour remédier à l'insuffisance énergétique du menu et à sa pauvreté en protéines, on ajoute au plat de légumes une ration de haricots blancs secs, suivant la recommandation d'addition de légumineuses dans le menu (cf Tableau 1).

Les lipides sont renforcés par addition d'huile d'arachide.

En résumé, les variables d'ajustement des ingrédients du menu sont les quantités de haricots et d'huile rajoutées (cf Figure 79, ci-dessous).On constate que les besoins en énergie, en éléments minéraux et en vitamines sont largement couverts par rapport aux Apports Recommandés. Ceci permettra d'adapter les menus en fonction de besoins spécifiques (femmes enceintes, personnes âgées, adolescents,malades) et de varier les ingrédients selon les disponibilités saisonnières des denrées alimentaires, pour 2 repas par jour et une collation.

Figure 79 a-Ingrédients ajoutés au menu pour l'équilibrer
Figure 79 a-Ingrédients ajoutés au menu pour l'équilibrer

5 Valider un menu


« Valider un menu », qu'est-ce-que cela signifie ?

Valider un menu, c'est d'abord poursuivre les investigations pour s'assurer de son aptitude à satisfaire des besoins très spécifiques en toutes sortes de vitamines -il y en a 14-, en éléments minéraux -20 minéraux, en acides aminés essentiels, en acides gras essentiels.

C'est l'adapter aux habitudes alimentaires des populations concernées, à leurs possibilités financières, aux disponibilités saisonnières des denrées.

Valider un menu, c'est aussi en faire la promotion auprés des consommateurs:

- « Promotion » ne signifie pas « publicité » ou « slogan ». Il s'agit plutôt de faire passer des messages auprés des familles, des écoliers pour promouvoir une alimentation équilibrée.

- Organiser des activités : interventions dans les écoles, groupes de visites du marché , démonstrations culinaires, etc.

- Accompagner des mères de famille au marché pour les aider à faire leurs achats.

- Apprendre aux mères de famille à doser les ingrédients sans utiliser une balance.